Traduit de l'allemand
par Alain Virelle et André Vandevoorde
Folio - 559 pages
Un
roman puissant qui plonge le lecteur au cœur de la société
civile allemande sous la botte nazie. Un concentré de
terreur absolue qui donne une vision nouvelle de cette époque
noire de notre histoire.
Berlin, années 40. Une chape de plomb s'est abattue sur
l'Allemagne. Les nazis sont au pouvoir, la dictature est en
place et ses rouages parfaitement huilés : il n'existe
plus aucune liberté individuelle. Entre les membres tout
puissant du Parti et les zélateurs de l'ordre nouveau,
la population n'a d'autre choix que se taire et subir. La moindre
critique, voire même la moindre absence d'approbation
peuvent être interprétées comme des manifestations
d'hostilité et coûter la vie à leur auteur.
C'est ce climat de terreur absolue que restitue Hans Fallada
avec sobriété… et d'autant plus d'efficacité.
La tragédie se noue dans un immeuble de la rue Jablonski
où cohabite un "échantillon représentatif"
de la société allemande. La famille Persicke,
brutes avinées et cupides rendues intouchables par leur
adhésion de la première heure à la SS.
Frau Rosenthal, une vieille femme juive terrorisée dont
le mari a été arrêté et que le juge
Fromm, qui habite au premier étage, ne parviendra pas
à sauver. Eva, une employée des Postes qui démissionne
et quitte Berlin lorsqu'elle découvre les atrocités
commises par son fils, officier nazi basé en Pologne.
Et puis, au cœur du drame, ce vieux couple d'ouvriers dont
le fils vient d'être tué au front et qui décide
de "résister". Chaque dimanche, ils vont écrire
une carte postale destinée à "éclairer
leurs semblables" sur les méfaits de la politique
du fuhrer et la déposer furtivement dans une cage d'escalier,
chaque fois différente, pour déjouer la surveillance
de la Gestapo.
Ecrit et publié dans l'immédiat après-guerre,
ce dernier roman de Hans Fallada (qui est mort en 1947, peu
de temps après la sortie de Seul dans Berlin) fait frémir
quant à sa force et à sa lucidité. Aucun
héros ni coup d'éclat dans cette histoire d'autant
plus oppressante que l'on sait qu'il n'y aura pas de rebondissement
heureux de dernière minute. Pas d'échappatoire
dans la vraie vie, la machine à broyer de la Gestapo
est inéluctable et la terreur qui paralyse la population
est implacable. C'est aussi là le grand mérite
de ce roman que de donner à comprendre de l'intérieur
comment a fonctionné ce régime qui s'est emparé
du pouvoir en pariant sur le zèle de quelques-uns et
l'indifférence de la majorité. De silences en
renoncements, le peuple allemand a laissé s'installer
la pire dictature qu'il se puisse imaginer.
On ne sort pas indemne de ce livre (on n'ose pas écrire
roman) qui donne un éclairage rare sur cette période
noire du XXe siècle.